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Texte intégral

            Nous tenons à remercier M. Martin Aurell, dont la connaissance du milieu et de la littérature occitans nous a particulièrement aidée, de tous ses conseils, remarques et corrections au sujet de cet article.

            Nous tenterons ici d'aborder un personnage de la littérature arthurienne sous l'angle de ses transformations diachroniques, au contact avec des milieux linguistiques et avec des civilisations différents. La matière arthurienne a connu un fort rayonnement international à partir du XIIe siècle, et elle comporte pas mal d'exemples de transformations et traductions à travers des philtres culturels différents. Les personnages ou les motifs vont se fondre à tour de rôle dans l'immense four de la transmission inter-culturelle, où la traduction joue un rôle de taille.

            Nous n'allons pas discuter les grands romans arthuriens, ou les personnages les plus célèbres de la cour d'Arthur, qui ont subi un remaniement à travers plusieurs langues, comme le Perceval, Erec, Yvain ou les héros du cycle de la Vulgate. Nous nous pencherons aujourd'hui sur une figure souvent perçue par la critique comme mineure: il s'agit du personnage de Girflet ou Giflet, fils de Do, chevalier de la cour arthurienne émergeant dans les romans en langue d'oïl, et sur son homologue occitan, Jaufré, héros du roman éponyme, rédigé à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe.

            Notre problématique essentielle concerne les rapports entre les traditions arthuriennes en langues d'oïl et en langue d'oc à travers le roman de Jaufré. Nous tenterons de voir s'il existe un véritable apport provençal dans le devenir d'une figure arthurienne et s'il y a une véritable résistance culturelle de la part du sud envers les traditions arthuriennes du nord. Afin de répondre à ces questions, deux éléments nous semblent essentiels: le véritable poids de Girflet dans la littérature arthurienne de langue française et la datation de Jaufré.

            Qui est Girflet?

            Précisons dès le départ, il n'existe pas un roman de Girflet dans la tradition arthurienne en langue d'oïl. Par rapport à un Gauvain, à un Lancelot, Yvain, Galaad ou Bohort, Girflet n'a pas le droit à une existence romanesque ou fictionnelle indépendante. Et pourtant, le seul roman arthurien en occitan qui nous soit conservé fait de lui un protagoniste [1].

            Le roman de Jaufré est un texte à problèmes nombreuses et épineuses. Il soulève des débats parmi les chercheurs au sujet de la date et du style qui sont destinés probablement à ne jamais être réellement tirés au clair. Cependant, avant de passer à une analyse de ces aspects, nous nous proposons d'examiner la figure de Girflet à travers le corpus en langue d'oïl et de prouver que notre personnage est loin d'être une figure mineure comme on se plaît trop souvent à l'affirmer.

            Girflet apparaît pour la première fois dans le Tristan de Béroul, où on le retrouve à plusieurs reprises. Ainsi, il fait partie du conseil d'Arthur qui se réunit avant le jugement d'Yseut:

"Se en place est Artus li rois / Gauvains ses niés, li plus cortois, Girflez et Qeu li senescaux…" [2].

            Il se lève d'ailleurs pour prendre la parole, le deuxième après Gauvain, et avant Yvain, afin de défendre Yseut contre les trois barons félons de Cornouailles [3]. Enfin il chevauche à côté de Gauvain au tournois de la Blanche Lande [4], épisode sur lequel nous allons revenir.

          Girflet fait son apparition aussi dans les romans de Chrétien de Troyes. Il est énuméré parmi les chevaliers de la Table Ronde dans Erec, sans trop de détails qui puissent le caractériser:

"Amauguins et Galez li Chaus, / Gilflez, li filz Do, et Taluas, / qui onques d'armes ne fu las…" [5]

Il combat également au tournois de Tenebroc:

"De mon seignor Gauvain voel dire, / qui molt le feisoit bien et bel. / An l'estor abati Guincel / et prist Gaudin de la Montagne; / chevaliers prant, chevax gaaigne: bien le fist mes sire Gauvains, Girflez, li filz Do, et Yvains / et Sagremors li Desreez." [6]

Là aussi Girflet fait partie du conseil d'Arthur:

"Au consoil grant partie cort / des mellors barons de la cort: / li rois Ydiers i est alez / qui premiers i fu apelez; / après li rois Cadiolanz, / qui molt fu saiges et vaillanz; / Kex et Girlefz i sont venu / et Amaguins li rois i fu,…" [7].

D'autre part, dans le Perceval, lorsque Clamadeu des Iles se rend à la cour pour se constituer prisonnier, Arthur le laisse à la charge de ses chevaliers:

"A cest mot en estant se lieve / Guiflez, cui li rois commande, / Et mes sires Yvains, qui amande / Toz ces qui a lui s'acompaignent, / Et li rois lor dit que il praignent / Lo chevalier, si lou conduient / Es chanbres, la o se deduient / Les damoiseles la raine." [8]

            Enfin nous retrouvons Girflet également lors de l'annonce des aventures par la pucelle du Château Orgueilleux, lorsqu'il se lève le deuxième, après Gauvain, pour s'engager à partir suivre l'appel de la fille [9].

            La première conclusion que nous pouvons tirer juste à travers ces quelques textes de la deuxième moitié du XIIe siècle est que Girflet, en dépit de son apparition rapide, parfois même fulgurante, n'en est pas moins une figure arthurienne centrale. Ainsi, nous constatons que dans le Tristan, Girflet et Gauvain sont pratiquement inséparables. Chez Chrétien, notre chevalier est associé avec Yvain et Keu. Et dans tous les cas de figure que nous avons rencontrés, le héros fait partie du conseil royal et il semble avoir droit à la prise de parole, droit similaire, sinon supérieur, aux chevaliers les plus connus de la Table Ronde. Par ailleurs, Chrétien précise dans Erec que les chevaliers sont convoqués au conseil, et mentionne les premiers qui sont appelés.

            Girflet fait donc partie des figures les plus importantes de la chevalerie arthurienne et cela déjà dans les premiers romans. Force nous est de nous demander si ce personnage a un passé légendaire similaire à celui d'autres chevaliers de la Table Ronde, comme Yvain ou Gauvain. Nous le retrouvons, en effet, dans l'un des récits des Mabinogi, Math le fils de Mathonwy . Il y porte le nom de Gilvaethwy fils de Don et il part à la recherche d'un troupeau de cochons avec son frère, pour les amener au roi Math qui retenait la femme qu'il convoitait. Nous observons d'ailleurs que le frère de Gilvaethwy s'appelle Gwydion, or nous avons déjà constaté la relation de proximité qui s'établit entre Gauvain et Girflet dans les romans vernaculaires. Cependant, le personnage Gwydion n'est sûrement pas le même que Gauvain, qui dans la tradition celtique est le plus souvent désigné sous le nom de Walwanus.

            Les romans en vernaculaire postérieurs à Chrétien font, eux aussi, souvent mention de Girflet. Nous le retrouvons ainsi dans les Continuations, particulièrement dans le Livre de Caradoc, où il participe aux tournois toujours à côté de Gauvain ou de Keu, dans Hunbaut, dans le Bel inconnu.

            Si déjà la poésie lui assigne une place importante, la prose reprend la figure de Girflet et la développe encore plus. Dans le Lancelot en prose, Girflet est déjà un personnage présentant des traits assez bien définis et surtout de nombreuses occurrences. Il est intégré dans beaucoup d'énumérations de chevaliers [10]. Il fait partie de ceux qui restent prisonniers à côté de la Douloureuse Garde avec Gauvain et que Lancelot viendra délivrer [11]. Son écu est parmi les écus des chevaliers conquis par Bohort au Tertre Desvée, et, comme les autres, il sera libéré par le passage de Lancelot qui combat Bohort et le délivre de l'enchantement qui le forçait à emprisonner ses compagnons [12]. Mais surtout, Girflet est mentionné lorsqu'Arthur entre dans un état mélancolique à cause de l'échec de la quête de Lancelot. Or là, il semble faire partie des six chevaliers les plus proches du roi:

" Et en ceste maniere (Arthur) demora moult longuement tant que mesire Kex li senescaus s'en prist garde: sel monstra a monseignor Gauvain et a mon seignor Yvain et a Lucan le Boutellier et a Sagremor le Desrée et a Gifflet le fil Do. Chil .VI. servoient tout par le palais, et quant il virent le roi ensi penser, si en furent tout esbahi."[13]

            La proximité avec Gauvain ou Yvain est déjà une constante pour Girflet fils de Do, et dans la branche de Caradoc nous le retrouvons tout aussi souvent avec Lucan, le bouteiller du roi. Par contre dans le Lancelot en prose, Girflet est explicitement associé avec quatre autres chevaliers formant le noyau central de la cour arthurienne, une sorte de garde rapprochée d'Arthur. Ainsi, le récit place notre personnage en relations d'amitié étroite avec Gauvain, Yvain, Keu et Sagremor. Lorsque les chevaliers partent une nouvelle fois à la quête de Lancelot, nous apprenons que:

"Ensi se departent jusqu'a . XV. d'ax et li .V. en chevalchent ensamble, mesire Gauvain et mesire Yvain et Kex li senescax et Sagemors li Desreés et Gifflés li fiex Do. Ichil chevalchent ensamble moult longmement, car moult s'entramoient, et toute vois se departent en la fin." [14] 

            Gauvain se sépare des autres à un carrefour, pour les retrouver ensuite [15]. Lors d'un autre épisode, Gauvain et Girflet s'affrontent sans se reconnaître, les retrouvailles étant pratiquement un prétexte pour l'auteur de souligner encore une fois combien ces deux chevaliers sont attachés l'un à l'autre [16].

            Mais le roman en prose où le rôle de Girflet est des plus importants reste la Mort Artu. Fidèle au roi jusqu'au dernier moment, notre chevalier est aussi le seul qui reste en vie après la bataille de Salesbières. Avec Lucan le Bouteiller, il accompagne le roi blessé à la Noire Chapelle. Il assiste impuissant au meurtre involontaire de Lucan par le roi, aussi bien qu'à l'enlèvement d'Arthur par les fées. Avant de partir sur le navire enchanté, Arthur lui demande de jeter Excalibur dans le lac, afin que personne ne puisse s'en servir après sa disparition. L'épisode est essentiel et il nous livre une clef précieuse pour la compréhension du personnage. Girflet déplore la perte d'une épée si importante et il tente de convaincre le roi de la lui laisser. Il essuie par contre un refus catégorique d'Arthur qui lui répond: "Non ferai, fet li rois, car en vos ne seroit ele mie bien emploiee" [17].

            Ce refus n'est pas suffisant à Girflet, qui par trois fois essaie de mentir à Arthur lui disant qu'il est allé jeter l'épée dans le lac, mais le roi se rend facilement compte de la tromperie puisque le chevalier ne peut pas lui dire ce qu'il a vu. N'ayant pas d'autre choix, Girflet finit par jeter Excalibur, il voit la main enchantée qui sort du lac pour la recevoir et assiste au départ du roi, pour retrouver sa tombe trois jours plus tard à la Noire Chapelle. Il devient ermite, mais le texte nous dit qu'il ne peut vivre que dix-huit jour de plus après Arthur [18].

            Cet épisode se présente comme une confirmation et en même temps un éclairage pour la personnalité de Girflet. Attaché presque de façon organique à la royauté arthurienne, il ne peut que s'éteindre avec elle. Par ailleurs, c'est le chevalier qui semble avoir le plus aimé Arthur, vu l'insistance sur son chagrin après la disparition du roi. Il vient compléter de façon discrète (mais qui n'est pas moins ferme pour autant), le triangle du pouvoir formé par Arthur, par Gauvain et par Keu, et se manifeste comme la main droite d'Arthur jusqu'aux derniers instants.

            Son appétence pour le pouvoir devient explicite lors de la discussion sur Excalibur aussi bien que lors de sa tentative de fraude. Cette tentative, d'ailleurs, n'est pas sans rappeler un autre épisode en quelque sorte symétrique, du Merlin en prose de Pseudo-Robert de Boron. On se rappelle que l'avènement d'Arthur sur le trône est décidé par l'épreuve de l'épée du perron. Arthur parvient à l'en extraire, il la donne à son frère de lait Keu, qui, dans un premier temps, essaie de dire que c'est lui qui avait accompli l'exploit. A la fin de sa vie et de son règne, Arthur se voit de nouveau menacé par une imposture de la part des êtres les plus proches de lui.

            La Mort Artu nous livre ainsi la clef de l'association constante que nous avons pu constater entre Gauvain, Keu et Girflet, tous les trois les bras privilégiés de la royauté, et qui, d'une façon ou d'une autre, font figure de gardiens qui la convoitent. Ce qui par contre différencie Girflet des deux autres, c'est l'absence de tout lien de sang entre lui et le roi. Si Gauvain est le neveu et le possible héritier ou le sénéchal le frère de lait d'Arthur, Girflet, lui, n'est que le fils de Do. Cela explique partiellement d'ailleurs son rôle plus discret dans la matière arthurienne aussi bien que la vague indifférence que semblent lui manifester les auteurs.

            Cependant, la Suite Merlin, rédigée après la Mort Artu, et inspirée partiellement d'elle, reprend Girflet et explicite pour la première fois cette place privilégiée que les auteurs lui avaient jusque là seulement suggérée comme nous avons pu le constater. Ainsi, dans ce roman qui raconte les débuts du règne d'Arthur, Girflet est recommandé pour l'adoubement le deuxième après Gauvain. Le texte nous dit également qu'il avait le même âge que le roi, à une différence de trois mois seulement. Cette relation de gémellité partielle explique aussi à posteriori pourquoi le chevalier a été incapable de survivre au roi dans la Mort Artu. Il devient le centre du discours de Merlin, qui parle de lui comme du chevalier le plus proche du roi Arthur:

"Vous amés moult Gifflet et vous avez droit, car il vous aimme de tout son cuer et a esté norris avec vous. (…) Et se vous di une chose que vous verrés encore avenir: il sera li chevaliers dou monde qui plus longuement vous tenra compagnie, et apriés chous qu'il vous avera laissiet, ne mie par sa volenté, mais par la vostre, ne sera nus chevaliers qui compagnie vous tiegne puis ne qui vous voie, se ce n'est en songe. Et che sera li grignours dolours que a vo tans aviegne el roiaume de Logres." [19]

            Tout comme Keu, Girflet devient lui aussi frère de lait du roi, sorte de double mais un double beaucoup plus fidèle au fond que le sénéchal.

            Jaufré – une reprise de Girflet en occitan

            C'est donc ce personnage que nous retrouvons repris comme protagoniste dans le roman occitan de Jaufré. La critique actuelle est unanime à reconnaître dans Jaufré fils de Donzon, Girflet, le personnage soi-disant mineur de la légende arthurienne. Le texte pose deux problèmes essentiels: la datation et la motivation de l'auteur.

            Pour ce qui est de la période, deux hypothèses dominent parmi les chercheurs, chacune étant lourde de conséquences au niveau des enjeux culturels.

            Rita Lejeune adhère non seulement à une datation précoce du roman, mais elle tente de faire du Jaufré une des sources de Chrétien de Troyes [20]. Elle énumère comme arguments les parallélismes évidents entre les romans du Champenois (particulièrement le Perceval) et notre roman occitan. Martin de Riquier soutient plutôt l'hypothèse de deux remaniements successifs du texte, une première version étant composée vers 1170 et une deuxième après 1200 [21]. Par ailleurs, l'épilogue du roman semble corroborer cette hypothèse, puisqu'on nous suggère qu'un premier auteur du texte est mort, et les lecteurs sont invités à prier pour son âme.

            Le roman fait par deux fois l'éloge du roi d'Aragon sans le nommer. Dans le cas d'une datation précoce, il s'agirait du roi Alphonse II (1162-1196), le premier compte de la maison de Barcelone à monter sur le trône d'Aragon [22]. Or, nous savons qu'Alphonse II est un grand mécène pour de nombreux troubadours [23], et qu'il est en contact avec la cour Plantagenêt d'où est propagée pour la première fois la matière de Bretagne, puisque dans son enfance il se trouve sous la tutelle d'Henri II Plantagenêt [24]. Par ailleurs sa femme Sancha est la petite-fille d'Henri II [25]. Alphonse II aurait donc bien pu être le commanditaire ou du moins le dédicataire de Jaufré. D'autres arguments en faveur de cette hypothèse sont les mentions précoces des noms arthuriens chez les troubadours [26]. Par ailleurs, il existe deux mentions d'un personnage nommé Jaufré chez Giraut de Borneil et Peire Vidal, mais la critique s'accorde pour affirmer qu'il s'agit d'un autre personnage que le protagoniste du roman [27].

            Une datation précoce de Jaufré  est crédible aussi à travers deux perspectives: d'une part, il ne serait pas absurde de penser qu'Alphonse II ait souhaité diffuser une forme de propagande à travers un roman dont le personnage porte le nom de Jaufré, premier comte de Barcelone au IXe siècle [28]. Cela sans oublier aussi qu'en 1172 le roi annexe le Roussillon, or le père de Girart II de Roussillon s'appelle Gausfred [29]. Instaurant une nouvelle maison sur le trône d'Aragon, il aurait pu sentir le besoin de renforcer sa légitimité dynastique, tout comme son tuteur Henri II, d'autant plus dans un contexte où les révoltes nobiliaires étaient très fréquentes [30]. Par ailleurs, Alphonse II n'hésitait pas à instrumentaliser ses troubadours dans des buts politiques [31]. La Gesta comitum Barchinonensium raconte l'aventure de Guifred le Velu, ancêtre fondateur de la lignée, or cette oeuvre a été rédigée dans un but précis de propagande [32]. Elle raconte les aventures de Guifred, fondateur de la nécropole de Ripoll [33], qui épouse une princesse flamande, s'assurant ainsi par un mariage hypergamique une union avec la lignée des carolingiens, dont le sang se transmet par les femmes de la maison de Flandres.

            Claude Brunnel [34], Beate Schmolke-Hasselmann [35] ou Emmanuelle Baumgartner [36] adhèrent à une datation tardive du Jaufré autour de 1230. Dans ce cas, le roi d'Aragon dont il est question serait Jacques Ier (1217-1276) [37]. Même dans le cas où le roman aurait été composé sous son règne, l'hypothèse de la propagande pourrait se tenir. Le texte de Jaufré nous dit que le roi d'Aragon a été couronné jeune. Or nous savons que la minorité de Jacques Ier a créé un vide de pouvoir, aggravé par la banque route du trésor royal, ce qui a provoqué de nombreuses révoltes nobiliaires [38]. Le besoin de légitimité a pu se faire sentir d'autant plus. De plus, nous savons que Jacques Ier cultive la politique des comtes de Barcelone et fait écrire sa biographie en catalan [39]

            Les indices que nous donne le texte au sujet du roi d'Aragon sont valables aussi bien pour Alphonse II que pour Jacques Ier. On nous dit que le roi a été couronné jeune, ce qui est le cas des deux rois en question. La deuxième allusion au souverain d'Aragon est une diatribe contre les courtisans, qui interrompt assez brutalement le cours de l'action et l'auteur affirme que s'il n'aimait pas son roi, il ne continuerait pas l'histoire, tellement il est dégoûté par les parvenus qu'il voit autour de lui [40]. Or, la cour d'Alphonse II est tout aussi fréquentée par des hommes nouveaux que celle de Jacques Ier [41].      

            Parler d'une datation précoce du Jaufré implique soutenir l'influence de la littérature occitane sur la littérature du nord. Cela expliquerait aussi pourquoi Girflet monte à un rang de personnage de plus en plus important dans les romans en langue d'oïl. (A supposer que l'auteur choisit Jaufré et non pas un autre personnage arthurien juste pour son nom). Un choix, à la base politique, ouvrirait toute une carrière romanesque à un personnage de la matière arthurienne.

            Cependant, poser le problème en ces termes signifie d'emblée soutenir l'influence de la littérature occitane sur toute la tradition arthurienne du nord. Or, c'est une hypothèse audacieuse et difficile à prouver. Par ailleurs, Ruth Harvey et Simone Gaunt rappellent que Jaufré mélange énormément de motifs arthuriens [42], ce qui pointe vers une composition tardive de structure redondante.

            D'autre part, même si le Jaufré occitan tel qu'on l'a gardé n'a pas été composé tôt, nous pourrions supposer qu'il existe une tradition orale, peut-être même un texte, précédent non seulement le roman provençal mais aussi toutes les autres mentions de Girflet.

            Un détail du Tristan de Béroul nous semble intriguant: lors de l'épisode du tournoi de la Blanche Lande que nous avons déjà évoqué et qui marque l'une des premières occurrences de Girflet, nous enregistrons l'apparition d'un chevalier noir et étrange accompagné d'un autre, qui laisse perplexes tous les chevaliers de la Table Ronde. Girflet est le seul à pouvoir l'identifier:

"Ges connois bien, Girflet resônt. / Noir cheval a et noire enseigne: / Ce esti li Noirs de la Montagne. / L'autre connois as armes vaires, / Qar en cest pais n'en a gaires. / Il sont faé, gel sai sanz dote." [43]

Plus tard, au cours du tournoi, les deux chevaliers maltraitent les compagnons de la Table Ronde, qui semblent curieusement incapables de les saisir, la difficulté essentielle consistant à les capturer [44]. Les chevaliers merveilleux finissent par s'en aller et personne n'ose les suivre, sauf Tristan, mais le récit ne donne plus d'autres précisions. Or, dans le Jaufré, il y a un épisode similaire. Le héros doit affronter un chevalier noir, qui apparaît et disparaît à des endroits différents de façon ahurissante et qui du coup est difficile à vaincre ou à capturer. Par la suite, il s'avère être non pas un personnage "faé", mais un démon qui disparaît en hurlant lorsqu'un ermite l'arrose d'eau bénite.

            Le chevalier noir est un lieu commun pour les romans arthuriens postérieurs à Chrétien. Le motif apparaît aussi bien dans le Perlesvaus, dans la Queste, dans le Lancelot en prose. Il s'agit généralement d'un démon ou d'un être maléfique. Dans le folklore celtique les personnages maléfiques de l'autre monde sont soit noirs soit verts [45]. Cependant il y a deux éléments qui pourraient relier les récits de Jaufré et de Tristan: d'abord le chevalier noir bouge de manière bizarre est s'avère impossible à vaincre dans un combat armé (ce qui n'est pas très courant dans les textes arthuriens où les chevaliers finissent toujours par abattre l'adversaire, en particulier s'il est démoniaque, l'exemple du chevalier au dragon dans les Continuations étant des plus éloquents). Cet élément pourrait pointer vers un simple emprunt que ferait l'auteur de Jaufré à la légende tristanienne.

            Le deuxième élément est la réaction de Girflet, le seul à reconnaître le chevalier comme "faé" et à lui donner un nom, indice qu'à la différence des autres chevaliers de la Table Ronde il a probablement déjà eu affaire à lui et il sait qu'il ne peut pas être vaincu en combat ouvert, ce dont il avertit d'ailleurs ses compagnons. Dans ce cas-là on pourrait penser que c'est Jaufré qui précède le Tristan, et que Béroul fait une allusion de type intertextuel. Cette possibilité s'avère cependant assez intenable si l'on pense que dans un cas il 'agit d'un être "faé", dans un autre d'un démon, preuve de christianisation plus profonde du texte.

            La conclusion que l'on pourrait dégager de là est que peut-être il existe un légendaire oral au sujet de Girflet, de la même façon qu'il en existe sur Gauvain (et dont nous avons des traces uniquement par le biais d'allusions disparates). Cela expliquerait aussi pourquoi Girflet, en dépit de sa participation réduite dans les textes, occupe la place importante que l'on a observée plus haut. Il se pourrait donc que l'auteur du Jaufré ait emprunté cet élément du combat diabolique à Tristan ou directement à quelque source antérieure qui ne s'est pas conservée.

            L'hypothèse de la datation tardive du Jaufré ouvre toute la question de la parodie arthurienne et de l'esprit anti-français [46], soutenue par nombreux critiques [47]. L'esprit comique tellement de fois présent dans le Jaufré serait la preuve de la tentative de "résistance culturelle" du sud envers le nord [48]    

            La question du Château du Graal est certainement parodiée dans le Jaufré, aussi bien que l'idée de l'aventure arthurienne au début du roman. Les réactions pathétiques des gens de Brunissen, aussi bien que la violence grotesque suscitée par la question malencontreuse de Jaufré, renversement de la question du Graal, passent sûrement pour des parodies du romancier Champenois. Mais elles contrastent avec la cruauté sanglante qui se manifeste à plusieurs reprises dans le texte, aussi bien dans la description de la torture de Mélian de Monmelior ou du combat avec les lépreux.

            D'autre part, l'idée de la parodie part de la prémisse communément acceptée que Girflet est un personnage mineur de la tradition en langue d'oïl. En reprenant un illustre inconnu de la Table Ronde est en faisant de lui le seul héros courageux de la Table Ronde [49], l'auteur attaque indirectement les traditions héroïques du nord. Or, Girflet n'est pas un personnage mineur, comme nous l'avons déjà constaté, et, en plus, si l'on accepte la datation de Jaufré vers 1230, alors le texte est pratiquement contemporain de la La Mort Artu, qui lui accorde un rôle vital. Par ailleurs, comment voir dans Girflet une attaque indirecte contre la tradition arthurienne du nord, puisque le personnage principal fonctionne comme une sorte de double du roi dans les romans en français? Au contraire, nous pensons plutôt que le ou les auteurs de Jaufré reprennent Girflet justement à cause de son rôle privilégié à la cour arthurienne, et ils reprennent ce personnage et non pas un autre à cause de la résonance galfrédienne de son nom, si chère aux comtes de Barcelone. Par ailleurs, il serait difficile de croire à un esprit anti-nordique dans ce texte aussi longtemps que l'un des personnages les plus positifs, précisément la fille sauvée par Jaufré des mains des lépreux, est d'origine normande comme elle le dit elle-même dans le récit.

            En plus, l'histoire de Guifred le Velu raconte comment les territoires de Barcelone passent du pouvoir royal aux mains des comtes de Barcelone, à la suite d'une invasion arabe que Guifred est le seul à pouvoir arrêter. Or, dans le Jaufré, le héros est le seul qui parvient à vaincre Taulat de Rougemont et à délivrer le seigneur de Monbrun, tout en épousant la dame de Monbrun. On retrouve en lignes générales l'histoire de fondation des comtes de Barcelone, faite d'un mariage et d'une série d'exploits contre les infidèles. Mais cela se fait sous le patronage arthurien, ce qui ne devrait pas nous étonner compte tenu des relations amicales que nous avons déjà évoquées sur le plan historiques entre les Plantagenêt et les rois d'Aragon.    

            Un élément du Jaufré nous fait même penser que la tradition arthurienne s'avère plus forte dans ce texte que l'esprit méridional. Les aventures de Guifred de Velu sont la reprise d'un motif d'origine scandinave, le mariage d'Otger le Danois avec une princesse flamande, héritière des carolingiens. De surcroît, l'histoire d'Otger souligne au même titre que la geste de Guifred la haine contre les Français [50]. Entre l'ancêtre fondateur de la maison de Barcelone et le héros scandinave s'établit donc une affinité sur le plan narratif, à travers les légendaires en circulation. Or, cette affinité se retrouve dans notre roman occitan, du moins sur le plan de l'onomastique: Jaufré rencontre Augier d'Eissart, un personnage qui avait été l'ami le plus proche de son père. Nous rappelons qu'Augier et Otger sont deux versions du même nom. Augier et le père de Jaufré avaient fait un pacte dans leur jeunesse: si l'un d'entre eux reste sans héritiers, alors le fils de l'autre reste avec les domaines des deux. Augier fait donc figure de père adoptif de Jaufré et se déclare prêt à lui laisser toute sa fortune. Jaufré rejette de manière décidée cette nouvelle relation de parenté qui s'offrait à lui et il quitte Augier de façon précipitée afin de retrouver au plus vite Taulat. Il est et il reste le sujet fidèle du roi Arthur. Ce détail pointe vers la fermeté des traditions arthuriennes venues du nord, et renforce, si besoin était, l'idée que s'il y a une propagande des comtes de Barcelone derrière notre récit, elle est menée à l'exemple des Plantagenêt, le retour aux origines carolingiennes étant complètement absent du récit, tout comme la haine contre la langue française d'ailleurs.    

            Cela sans rappeler que la tradition arthurienne en langue d'oïl n'a elle-même pas de réticence envers la parodie ou l'esprit de l'humour. L'auteur de Hunbaut entre de façon explicite en rivalité avec Chrétien de Troyes, place cette fois un véritable illustre inconnu, Hunbaut, en position de protagoniste, et met Gauvain en position ridicule ou défavorable plus d'une fois. Il en va de même pour Le chevalier à l'épée, où les exploits chevaleresques de Gauvain se réduisent à des exploits nuptiales, assez difficilement accomplies d'ailleurs. Et cela sans parler finalement des nombreuses ironies dans les romans même de Chrétien, qu'on ne peut pas accuser de se parodier lui-même.

            Cela prouve, si besoin est, que la parodie ou l'humour ne sont pas forcément des traits distinctifs du romanesque arthurien occitan, et encore moins une preuve de la résistance culturelle du sud vers le nord. L'originalité essentielle de Jaufré est la rupture du cordon ombilical avec Arthur et avec la monarchie arthurienne, à un moment où, dans la langue d'oïl, son "frère jumeau" Girflet ne pouvait pas survivre à Arthur, comme si la mort du roi le vouait aussi à une mort institutionnelle, spirituelle et romanesque.  



[1] Blandin de Cornouailles est également un texte en occitan, mais la critique actuelle a tendance à ne pas le considérer un roman arthurien à proprement parler (voir à ce sujet R. HARVEY et S. GAUNT, "The Arthurian Tradition in Occitan Literature", sous presse dans The Arthur of the French . Nous remercions Mme Ruth Harvey de nous avoir généreusement communiqué son article inédit), en dépit du fait qu'il est repris dans la traduction massive des textes arthuriens publiée sous la direction de D. REGNER-BOHLER, Paris, Robert Laffont, 1989. D'autre part, il ne faut pas oublier que si nous parlons du seul texte arthurien occitan, nous ne devrions pas tirer en hâte la conclusion que la littérature du sud rejette les traditions arthuriennes, mais il faut aussi tenir compte de la destruction massive des documents en Occitanie (M. AURELL attire l'attention sur ces pertes dans "Les sources de la croisade albigeoise", dans La croisade albigeoise. Colloque international du CEC, Carcassone, 4-6 octobre 2002, dir. M. ROQUEBERT, Carcassone, 2004, p. 21-38, sur les autodafés des archives de Montpellier en 1793 sous la Terreur ou bien sur l'incendie qui provoque en 1803 la disparition des archives de Trencavel). Par ailleurs une partie des sources avait déjà disparu à la suite de la croisade albigeoise. 

[2] BEROUL, , éd. P. WALTER, Paris, Le Livre de Poche, 1989, v. 3257-3259.

[3] Ibidem, v. 3457-3483.

[4] Ibidem, éd. WALTER, v. 4010 sq.

[5] CHRETIEN DE TROYES, Erec et Enide, éd. M. ROQUES, Paris, Champion, 1981, v. 1696-1698.

[6] Ibidem, v. 2168-2175.

[7] Ibidem, v. 311-318.

[8] CHRETIEN DE TROYES, Le Conte du Graal, éd. C. MELA, Paris, Le Livre de Poche, 1990, v. 2824-2831.

[9] Ibidem, v. 4648-4653.

[10] Lancelot en prose, éd. A. MICHA, Paris – Genève, Droz, 1978-1983, t. VIII, p. 38, p. 62, p. 142.

[11] Ibidem, t. VII, p. 347 sq.

[12] Ibidem, t. V, p. 96 et 109. Par ailleurs, on y mentionne l'écu de Girflet qui est blanc orné d'une frette d'or.

[13] Ibidem, t. VIII, p. 134.

[14] Ibidem, t. VIII, p. 144.

[15] Ibidem, t. VIII, p. 146.

[16] Ibidem, t. VIII, p. 343.

[17] Mort Artu, éd. J. FRAPPIER, Paris-Genève, Droz, 1964, p. 248.

[18] Ibidem, p. 252.

[19] Suite Merlin, éd. G. ROUSSINEAU, Genève, Droz,1996, p. 31.

[20] R. LEJEUNE, "A propos de la datation de Jaufré. Le roman de Jaufré source de Chrétien de Troyes", dans Revue belge de philologie et d'histoire, 21, 1953, p. 717-747.

[21] M. DE RIQUIER, "Los problemas del roman provenzal de Jaufré", dans Reccueil de travaux offerts à M. Clovis Brunel, Paris, 1955, t. II, p. 435-461.

[22] M. AURELL, La Vielle et l'épée, Paris, Aubier, 1989, p. 35.

[23] Ibidem, p. 34. (17 troubadours, selon l'auteur, ont profité du mécénat d'Alphonse II).

[24] M. AURELL, L'Empire des Plantagenêt, Paris, Perrin, 2003, p. 123.

[25] G. LOBRICHON-BRUNEL, "Jaufré" dans Dictionnaire des Lettres, p. 739.

[26] M. AURELL, "La matière de Bretagne vers le continent au XIIe siècle", sous presse dans Les Idées passent--elles la Manche? Savoirs, représentations, pratiques (France – Angleterre, Xe-XXe siècle, Actes du Colloque de la Sorbonne du 18 au 20 septembre 2003) et R. HARVEY et S. GAUNT, "The Arthurian Tradition…", art. cit. R. HARVEY et S. GAUNT reprennent entre autres A. Roncaglia, ‘Carestia’, dans Cultura Neolatina, 1958, 18, 121-37, qui discute le partimen de Chrétien de Troyes avec Bernard de Ventadour, preuve des rapports assez étroits qui s'établissent entre les poètes du nord et les poète du sud, ayant pu générer des influences réciproques.

[27] Cf. R. HARVEY et S. GAUNT, art. cit., reprenant F. M. CHAMBERS, Proper Names in the Lyrics of the Troubadours, University of North Carolina Studies in the Romance Languages and Literatures 113, 1971, Chapel Hill et E. BAUMGARTNER, "Le Roman au XIIe et XIIIe siècles dans la littérature occitane" dans Le Roman jusqu'à la fin du XIIIe siècle, éd. J. FRAPPIER et Reinhold Grimm, dans Grundriss der romanischer Literaturen des Mittelalters, t. IV/1, Heidelberg, Carl Winter, 1978, p. 627-634 (cf. t. IV / 2, 1984, no. 282).

[28] G. LOBRICHON-BRUNEL, art. cit., p. 739.

[29] M. AURELL, Les noces du comte. Mariage et pouvoir en Catalogne (785-1213), Paris, Publications de la Sorbonne, 1995, p. 350 sq.

[30] Ibidem, p. 503.

[31] M. AURELL, Vielle…, op. cit., p. 33-36.

[32] M. AURELL, Noces…, op. cit., p. 505.

[33] M. AURELL, "Nécropoles et donats: les comtes de la maison de Barcelone et l'Hôpital (XIIe-XIIIe siècles), Provence Historique, 45, 1995, p. 7-24.

[34] C. BRUNNEL, Jaufré. Roman arthurien du XIIIe siècle en vers provençaux, "Introduction", Paris, Société des Anciens Textes Français, 1943.

[35] Voir R. HARVEY, S. GAUNT, art. cit.

[36] E. BAUMGARTNER, "Le roman…", art. cit., p. 627-634. 

[37] Sur les personnages historiques invoqués dans Jaufré voir aussi C. ECKARDT, "An Aragonese King, a Norman Count, an Arabic Ennemy: The Curious Historical Context of Jaufré" dans Courtly Romance: A Collection of Essays , éd. G. R. Mermier, Edelgard E. Du Bruck, Detroit, 1984 p. 89-107. L'auteur souligne l'obscurité des trois allusions réelles dans le romans, en incluant le nom de Taulat, qui serait un nom arabe commun à l'époque. Cependant, dans l'énumération des chevaliers de la Table Ronde donnée par Chrétien, il y a un Taulat mentionné tout de suite après Girflet. Comme les influences entre Chrétien et Jaufré sont évidentes, on pourrait supposer que c'est de là aussi que peut venir le nom de Taulat.  

[38] M. AURELL, "Sources de la croisade…", art. cit.

[39] Nous remercions M. AURELL de nous avoir signalé ce détail.

[40] Jaufré, éd. cit., v. 2613-2636. Par ailleurs, cette rupture dans le texte constitue un argument à l'appui de la théorie de M. de RIQUIER sur l'existence de deux auteurs pour Jaufré.

[41] M. AURELL, La Vielle, op. cit., p. 34-35. Pour mettre en place une structure administrative nouvelle, Alphonse II tente de s'appuyer sur les chevaliers d'ascension récente, dont certains sont des troubadours eux-mêmes (Vielle…, op. cit, p. 102). Nous remercions M. Aurell de toutes les précisions qu'il nous a faites sur la société de cour de Jacques Ier. 

[42] R. HARVEY, S. GAUNT, art. cité.

[43] Tristan…, éd. cit., v. 4014-4019.

[44] Ibidem, "Quis nos porra, fait li rois, rendre / Molt nos avra servi a gré", v. 4066.

[45] Voir les remarques de H. ZIMMER, Regele si cadavrul, trad. en roumain par S. Marculescu, Bucarest, Humanitas, 1994, p. 79 sur Gauvain et le Chevalier Vert. R. S. LOOMIS penche plutôt vers la couleur noire pour les êtres démoniaques dans le folklore celtique et soutient l'hypothèse selon laquelle la couleur verte pour le roman tardif de Gauvain et du chevalier vert soit entrée dans le récit en vertu d'une confusion de traduction du mot irlandais "glas", qui pourrait se traduire en même temps par vert ou par noir (Celtic Myths ans Arthurian Romances, 1927, p. 59). 

[46] L'aversion pour l'esprit français perçu comme usurpateur d'une vieille civilisation est une constante de la lyrique occitane déjà à la fin du XIIe siècle (M. AURELL, La Vielle, op. cit., p. 51 sq). Par ailleurs, au début du XIIIe siècle, Torcafols exprime une véritable haine pour tout ce qui est lié à l'envahisseur français, venus de France "où l'on parle comme des porcs grossiers" (cf. M. AURELL, "Sources de la croisade…", art. cit.

[47] R. HARVEY et S. GAUNT, art. cit., rappellent d'ailleurs que cette aversion s'est accrue après la croisade albigeoise, et comme, selon les auteurs, le Jaufré est une parodie ouverte des romans arthuriens, cela rajouterait un argument en plus à la datation tardive vers 1230. Voir aussi T. HUNT, "Text and Pretext. Jaufre and Yvain" dans The Legacy of Chretien de Troyes II, dir. N. J. LACY, D. KELLY, K. BUSBY, Amsterdam, Rodopi, 1988, p. 125-141. L'auteur tente de démontrer comment l'auteur de Jaufré entre en rivalité avec Chrétien par des similarités parodiques avec le Yvain. Voir aussi J.-Ch. HUCHET, "Jaufré et le Graal", dans Vox Romanica, 1994.

[48] C. JEWERS, "The Name of the Ruse and the Round Table: Occitan Romance and the Case of Cultural Resistance" dans Neophil 81, 1997, p. 187-200. Voir aussi V. FRASER, "Humour and Satire in the Romance of Jaufré" dans Forum for Modern Language Studies, 31, 1995, p. 223-233. Ce dernier auteur pose les problèmes aussi en termes sociologiques, le Jaufré étant le produit de la couche marchande qui est présentée de façon valorisante dans le texte.

[49] Voir R. HARVEY et S. GAUNT, art. cité.

[50] M. AURELL, Noces…, op. cit., p. 510 sq.

Catalina Gîrbea

Introduse de Catalina Gîrbea:

 
Catalina Girbea: De Girflet à Jaufré ou le possible apport provençal dans le devenir d'un personnage arthurien
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